Perrine Poiron – UQàM et Sorbonne Université (20 janvier)

« La périodisation, les biais conscients et inconscients, la tradition et la mémoire culturelle : Le cas de la Troisième Période intermédiaire en Égypte (~1069-664 av. notre ère) ».

Résumé

L’histoire politique durant la Troisième Période intermédiaire demeure encore à ce jour difficile d’approche, notamment en raison de deux facteurs qui entravent particulièrement son étude. D’une part, la chronologie des règnes, dont certains, se déroulant simultanément, complique l’appréhension du contexte politique dans lequel ces derniers s’établirent. D’autre part, l’influence du prisme identitaire et ethnique qui demeure le cadre dans lequel la plupart des chercheurs inscrivent leurs recherches. Ce cadre, qu’il soit utilisé de façon consciente ou non a pour conséquence, dans certains cas, de produire une histoire qui peut être biaisée, où la rupture avec la tradition pharaonique est davantage observée au détriment des éléments qui en attestent la continuité. L’étude de cette période est en constante progression depuis le début du 21e siècle et tend à se modifier. Néanmoins, la terminologie évoquée pour inscrire ces études dans la chronologie de l’histoire pharaonique induit que ces évènements eurent lieu durant une période trouble, voire de « chaos » – « chaos » provoqué par la présence d’étrangers sur le trône. Nous avons alors pu constater que malgré une ouverture des thématiques, le postulat issu des différentes thèses émises par « l’école de Birmingham » demeure celui qui prédomine dans la littérature. Ce dernier considère que l’organisation politique de l’Égypte se trouve modifiée, l’unité du pouvoir divisée, en raison de l’identité ethnique et culturelle de nouveaux dirigeants qui implantèrent une gestion territoriale fondée sur une conception tribale/féodale du pouvoir. Cela a pour conséquence de limiter de facto la possibilité d’appréhender la réelle nature du pouvoir des rois de la XXIIe dynastie et la manière dont ils l’appliquèrent et l’exprimèrent. 

À travers ce séminaire, je montrerai comment l’étude d’un phénomène stable – l’implication de Bastet à l’intérieur du discours monarchique et son rôle de patronne dynastique – m’a permis de proposer une nouvelle interprétation de cette période « trouble » de l’histoire pharaonique. 

Cette étude de cas sera l’occasion de discuter l’existence d’autres biais (conscients et inconscients) que peuvent croiser les étudiants dans le cadre de leurs recherches, surtout lorsqu’il est question de thématiques relatives à la culture, à la mémoire, à l’identité et de proposer quelques outils pour les reconnaître et ensuite en discuter de façon critique.  


Documents proposés à la lecture