Lundi 21 septembre, 11h30-12h20

« Le dernier hiérophante et la fin des mystères d’Éleusis » 
Francesco Massa, Università degli Studi di Torino 

L’étude de la fin des cultes à mystères se heurte à des difficultés qui tiennent autant à la rareté des sources qu’aux enjeux conceptuels et méthodologiques qu’elle soulève. Que recouvrent, en effet, les notions de « fin » ou de « disparition » de ces cultes ? S’agit-il de leur interdiction par la législation impériale chrétienne, ou plutôt d’un processus plus progressif, marqué par l’abandon de pratiques dont la fonction et l’utilité se seraient progressivement amoindries ? Cette intervention se concentrera sur le sanctuaire d’Éleusis, qui comptait parmi les cultes à mystères les plus prestigieux encore actifs dans l’Antiquité tardive. Le cas éleusinien présente un intérêt particulier en raison d’un témoignage exceptionnel : celui d’Eunape de Sardes. Dans son récit consacré aux événements de la fin du IVe siècle de notre ère, cet auteur non chrétien livre une description de la disparition du sanctuaire de Déméter et de la fin des Mysteria. L’analyse de ce témoignage permettra d’interroger les modalités de la disparition d’un grand culte à mystères, ainsi que les tensions entre interdiction légale, transformation des pratiques religieuses et disparition effective du culte.


Lundi 28 septembre, 11h30-12h20

« La recherche historique sur Jésus de Nazareth : quelques points de méthode » 
Simon Claude Mimouni, EPHE 

Il est bien connu que le travail de l’historien dépend de la richesse et de la qualité de ses documents, de leur diversité aussi : on sait encore que le recoupement des documents est l’arme par excellence de l’historien.

            L’historien qui travaille sur Jésus de Nazareth éprouve maintes difficultés dans ses résultats, car il lui est difficile de recouper la documentation chrétienne, qui est importante, avec les documentations romaines et judéennes, qui sont des plus parcellaires et imprécises. Sans compter que ce même historien se trouve dans une situation plutôt défavorable dans la mesure où son objet d’étude appartient à une histoire pauvre en documents archéologiques et épigraphiques, sans être pour autant totalement silencieuse. Les méthodes qui permettent d’aborder Jésus de Nazareth dans la documentation sont multiples, car de nombreuses théories, plus littéraires qu’historiques, ont fleuri depuis au moins le XIXe siècle et elles ont suscité de nombreux travaux et de nouvelles perspectives. Parmi ces dernières, il s’agit essentiellement des méthodes qui permettent de travailler les textes incorporés dans le Nouveau Testament et en particulier les évangiles – autrement dit, les méthodes en exégèse qui sont généralement plus connues des théologiens que des historiens. Ces méthodes d’exégèse biblique conditionnent l’interprétation et l’herméneutique confessionnelles de la Bible (Ancien Testament comme Nouveau Testament) : raison pour laquelle elles émanent pour la plupart d’exégètes théologiens chrétiens, catholiques comme protestants, mais rarement orthodoxes.

Les méthodes posent la question de la fiabilité des documents et on doit s’interroger pour savoir à qui incombe la preuve de leur authenticité ou de leur inauthenticité, de même que la conduite de l’argumentation. De nombreuses méthodes dites « périphériques » sont utilisées pour aborder la figure de Jésus de Nazareth. On doit notamment signaler la méthode anthropologique représentée par des chercheurs comme Adriana Destro et Mauro Pesce ainsi que la méthode sociologique développée par d’autres chercheurs comme Gerd Theissen et Richard A. Horsley. On peut alors se demander comment intégrer ces méthodes qui appartiennent à des disciplines aussi diverses et quelles sont celles d’entre elles qui sont les plus utiles pour la recherche historique sur Jésus de Nazareth.


Lundi 5 octobre, 11h30-12h20

« Ulysse et/ou Énée ? L’Énéide, Odyssée latine » 

Alexandre Grandazzi, Sorbonne Université  

 À un moment où l’Odyssée revient dans l’actualité cinématographique, il vaut la peine de s’interroger sur la postérité romaine de l’œuvre homérique. 

Pourquoi la superpuissance mondiale sans rivale qu’était devenue Rome à partir du IIème siècle av. J.-C. avait-elle adopté un Troyen, le représentant d’un peuple vaincu et fugitif, comme protagoniste de son “roman national” ? En quoi Énée peut-il être vu comme un nouvel Ulysse et en quoi s’en différencie-t-il ? Vers quelles comparaisons et vers quels plaisirs de lecture l’Énéide entraîne-t-elle ses lecteurs d’aujourd’hui ?

S’inspirant du personnage et des aventures d’Ulysse pour raconter le périple de son héros Énée, Virgile a écrit un chef-d’œuvre d’une portée collective et universelle qui demeure une source de réflexion pour notre temps.  


Lundi 19 octobre, 11h30-12h20

« Commode et ses sœurs. Femmes et pouvoir au IIe siècle de l’Empire » 
Agnès Molinier Arbo, Université de Strasbourg 


Lundi 9 novembre, 11h30-12h20

« De Bagdad à Constantinople : une promenade astrologique » 

Luca Farina, École française de Rome (section Moyen Âge) 


Lundi 23 novembre, 11h30-12h20

« Travailler en boutique : quelles traces matérielles des échanges du quotidien en Gaule romaine ? » Marine Lépée, École française de Rome (section Antiquité) 


Conférences de l’hiver 2026

Lundi 9 février, 11h30-12h20

« De l’atelier de Carthage au trésor de Rome. Sur les traces de l’or monnayé punique (IVe‑IIIe siècles av. n. è.) »

Jérémy Artru, École française de Rome

À partir de la seconde moitié du IVe siècle av. n. è., la cité de Carthage commence à émettre un monnayage abondant afin de satisfaire une partie des besoins financiers suscités par l’extension de sa sphère d’influence en Méditerranée occidentale. Les monnaies d’or qui sont alors frappées à Carthage jouent en la matière un rôle de premier plan. L’étude de ce monnayage a connu récemment d’importants renouvellements – tant du point de vue strictement numismatique que plus largement historique – qui forment le cadre de cette conférence. L’accent est plus particulièrement mis sur les nouvelles pistes de réflexion offertes par les analyses archéométriques réalisées ces dernières années, qui permettent de connaître avec précision les caractéristiques physico-chimiques des métaux employés par les Carthaginois. Les résultats de telles analyses, lorsqu’ils sont mis en regard des autres sources à la disposition des historiens (numismatiques, archéologiques, textuelles), constituent en effet un moyen privilégié d’étudier à nouveaux frais non seulement les politiques de production monétaire mises en œuvre par les élites de la métropole punique, mais aussi la provenance et la circulation des métaux employés.


Lundi 23 février, 11h30-12h20

« S’imposer dans les rues pour changer les institutions. Les luttes populaires en Italie centrale (xiiie siècle) »

Maxime Fulconis, École française de Rome

Résumé à venir.


Lundi 23 mars, 11h30-12h20

« De l’Académie à l’entreprenariat culturel : exemple d’un parcours professionnel »

Anne-Catherine Gillis, L’Agence Culturelle

Après une thèse en archéologie grecque, Anne-Catherine Gillis a choisi de se détourner de la carrière académique. Elle a alors diversifié son expérience professionnelle avant de se lancer dans l’entreprenariat culturel. Depuis bientôt 6 ans, elle travaille sur mandat auprès d’institutions, d’association ou encore de fondations culturelles dans des champs de compétence variés : gestion de projets et d’évènements, coordination, médiation culturelle, commissariat et scénographie d’exposition, gestion de collection… Au sein de son association L’Agence Culturelle, elle conçoit également des projets originaux qu’elle diffuse auprès de différents publics. 

Sur l’exemple de ce parcours, cette conférence vise à montrer qu’il est possible d’imaginer des liens nouveaux entre académie et société et d’envisager d’autres débouchés après des études universitaires en sciences humaines. 


Lundi 30 mars, 11h30-12h20

« Déserts, mobilités et interactions sociales : l’Égypte méridionale (2500-2000 av. notre ère) »

Juan Carlos Moreno Garcia, CNRS

Conférence offerte en partenariat avec la Société pour l’étude de l’Égypte ancienne

 L’Égypte méridionale offre un terrain privilégié pour analyser les interactions entre les peuples sédentaires et mobiles et entre les populations égyptiennes et étrangères à l’époque pharaonique. Le tournant du troisième millénaire avant J.-C. fut une période de relations intenses pour des activités diverses. Alors que les archives épigraphiques et iconographiques semblaient mettre l’accent sur la guerre et l’utilisation occasionnelle de Nubiens comme mercenaires au service des seigneurs égyptiens régionaux, les choses étaient plus complexes. Les déplacements des troupeaux (transhumance saisonnière ?) entre la vallée du Nil et les déserts voisins, l’accès et le contrôle des routes d’échanges, et les services occasionnels comme guides, chasseurs et prospecteurs caractérisaient aussi les contacts entre les peuples égyptiens et nomades. La collaboration et les conflits occasionnels ont marqué de telles interactions, mais les populations mobiles semblent activement impliquées dans l’utilisation des ressources naturelles et l’exploitation des réseaux d’échange, et non comme de simples subordonnés des acteurs égyptiens. Par conséquent, le tournant du troisième millénaire avant J.-C. semble moins une période de contact exceptionnelle qu’une période qui a continué les tendances sociales, économiques et politiques qui peuvent être retracées plusieurs siècles plus tôt et poursuivies dans les millénaires suivants.


Lundi 13 avril, 11h30-12h20

« Les Gracques vus d’en bas »

Pascal Montlahuc, Université Paris Cité

Lorsqu’on parcourt la plupart des études modernes consacrées aux deux frères Gracchus, tribuns de la plèbe respectivement en 133 av. J.-C. (Tiberius) et 123-121 av. J.-C. (Caius), une large partie des analyses proposées situent l’intrigue au niveau d’une concurrence entre les seuls aristocrates, sans nécessairement rappeler le rôle que joua la plèbe de Rome tout au long de la décennie gracquienne. Notamment parce que les réformes engagées par les deux frères avaient pour but de permettre aux citoyens les moins aisés de retrouver la possession de terres dont l’exploitation fondait l’idéal du civis romanus, on aimerait relire les textes relatifs au moment gracquien (Cicéron, Plutarque, Appien) afin de mettre en exergue les éléments « populaires » et concrets qui ont présidé au déroulement de ces événements, caractérisés par une violence urbaine qui marqua durablement les esprits et qui inaugura, aux yeux des Anciens puis des Modernes, les débuts de la longue « crise » de la République romaine. Rumeurs, bruits, graffitis, déplacements des corps, émotions collectives et autres groupes armés sont autant d’éléments qui permettent, pour peu qu’on les prenne au sérieux, de saisir le moment des Gracques « à hauteur de plébéien » ou, pour reprendre une expression de J. Revel, « au ras du sol ».

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